Les établissements Mufraggi sont un des deux plus importants scieurs de Corse. Ils ont réalisé en 2007 des investissements importants pour mettre leur outil de production au meilleur niveau de la technologie. Le bois est leur coeur de métier depuis quarante ans. Ils y croient et se battent pour participer à l'organisation d'une véritable filière économique. La survie des entreprises du secteur, la sauvegarde et la création de très nombreux emplois pour toute la Corse en sont l'enjeu.
Sur leur site web (www.mufraggi.fr), les responsables de l’entreprise Mufraggi font écho à l’information suivante :
« Lors de son déplacement en Alsace le 19 mai dernier, Nicolas Sarkozy a annoncé la mise en place en France d’un “Plan Bois extrêmement puissant“. À l’appui de cette déclaration d’intention, plusieurs mesures concrètes ont été annoncées :
• multiplication par dix du seuil minimum d’incorporation du bois dans les constructions neuves dès 2010 ;
• suppression du permis de construire pour les travaux d’isolation thermique des habitations par l’extérieur ;
• création d’un fond stratégique d’investissement dédié à la filière bois ;
• augmentation du tarif de rachat d’électricité pour les unités moyennes de production d’électricité à partir du bois ;
• aides publiques et exonérations fiscales octroyées aux propriétaires privés conditionnées à l’exploitation de la forêt.
Le Président Sarkozy a précisé qu’il voulait d’ici à 2020 que 30% des énergies renouvelables soient issues du bois, insistant : “On va mettre le paquet pour développer la filière ».
Pourquoi cet intérêt pour les propos présidentiels ? Pour la raison extrêmement simple que l’entreprise Mufraggi est en plein cœur de la filière bois, et que celle-ci, en Corse, ne fonctionne pas comme elle le devrait. Jacques Mufraggi, gérant, attend beaucoup des encouragements publics dont pourraient bénéficier ses activités en relation avec le bois.
Constat. En amont de la filière, il y a des arbres et des forêts, qui ont une dimension écologique, patrimoniale, économique, voire culturelle. Cette ressource est considérable en Corse. Il y a essentiellement du pin laricio, essence endémique et emblématique de l’île, aux qualités exceptionnelles : son bois de très haute qualité, qui a une bonne résistance naturelle aux agressions des insectes (*), servait autrefois dans la construction des vaisseaux de haut bord et à la fabrication des traverses de chemin de fer. Il est utilisé aujourd’hui dans la construction de maisons (charpente et coffrage). Le pin laricio représente 70% environ de l’exploitation insulaire mais on trouve également du pin maritime et un peu de sapin de bonne qualité. Chênes (uniquement en bois de chauffage) et châtaigniers n’occupent aujourd’hui qu’une place insignifiante dans l’exploitation forestière insulaire.
Si la ressource est là, il n’empêche que la forêt corse reste sous-exploitée même si, depuis que la Collectivité Territoriale est devenue propriétaire des forêts domaniales, il est désormais plus facile pour les entreprises forestières de se rapprocher des opérateurs, notamment de l’ONF.
En aval de la filière, il y a les débouchés économiques. Ce sont principalement ceux de la construction (charpente, maisons à ossature bois, isolation, décoration…) et de l’énergie (cf.Article sur Corse Bois Energie). Jacques Mufraggi estime ses débouchés de la façon suivante : charpente 60%, coffrage 30%, autres 10%.
Entre l’exploitation des forêts et l’utilisation du bois, il y a tous les métiers de transformation, avec le passage obligé par les scieries, qui sont aujourd’hui un goulot d’étranglement à la rentabilité incertaine. Autrefois, il y a trente ans, il y avait en Corse une trentaine de scieries. Aujourd’hui, il en reste trois ou quatre de taille significative dans la région.
… Or, comment envisager la constitution d’une filière bois s’il n’y pas de scieries ?
Mais pour que cette activité soit viable sur le plan économique, il faudrait qu’existent des activités complémentaires qui prennent en charge tout ce qui pourrait être produit par la scierie et qui seraient sources de développement économique pour tout le monde.
Par exemple, le bois de petit diamètre pourrait être mieux exploité qu’aujourd’hui. Malheureusement, il n’existe pas en Corse de débouchés tels que caisseries, unités de fabrication de palettes, usinage de bois ronds…
Autre exemple, la sciure : il n’y a qu’une seule entreprise de traitement pour toute la Corse. Les établissements Mufraggi, quant à eux, la recycle (300 tonnes par an) pour alimenter en énergie leur séchoir.
En ce qui concerne la valorisation de la forêt, certes les propriétés du laricio, pour la construction, sont indiscutables et bien connues par les utilisateurs (propriétaires ou architectes) qui le réclament. En général, ils veulent du 1er choix, ou du surchoix. Néanmoins, il faut savoir qu’en temps normal le rapport de prix entre pin laricio sur pied et pin des Landes est de 1 à 3, et avec la tempête qui a ravagé les forêts françaises l’année dernière et fait chuter les prix, ce rapport est passé quasiment de 1 à 8 !
Bien sûr, il ne s'agit pas du tout des mêmes produits, mais les consommateurs, s’ils ne sont pas bien informés, ont des difficultés à comprendre cette différence de prix. Aussi, la valorisation du pin laricio par sa certification et sa normalisation devient aujourd’hui indispensable sur le plan économique et patrimonial!
En conclusion, Jacques Mufraggi, qui appelle de ses vœux la constitution d’une véritable filière bois, estime que pour que celle-ci puisse voir le jour, il faudrait former des professionnels compétents, encourager les entreprises de transformation par des mesures d’incitations, notamment fiscales, et valoriser les bois corses en mettant en place une certification et une normalisation.
Aujourd’hui, la relance nationale de la filière bois a été annoncée comme une priorité par le gouvernement. Sa déclinaison au plan régional, ne doit pas l’être moins.
(*) La société Mufraggi dispose d’une station agréée en garantie décennale pour traiter ce pin contre les insectes xylophages y compris les termites.
Source : Magazine CORSICA Hors-série VERDE • Spécial Développement durable • Sept/Oct/Nov. 2009
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