De la Reprise à la Méprise ?
De la Reprise…
Après l’avoir attendue, en scrutant le moindre frémissement dans les nouvelles du monde, la reprise s’annonce un peu plus fermement avec les premiers jours du printemps.
Comme d’habitude, les prémices sont venues des Etats-Unis où l’immobilier, dans certains Etats, reprend des couleurs et les circuits financiers de la vigueur. L’Europe, après avoir connu une année marquée par un PIB en recul et un accroissement de l’endettement, enregistre un redémarrage de son économie et un PIB en hausse sensible.
Plus près de nous, en Corse, après un hiver paralysant (crainte H1N1, conditions météorologiques) et des chantiers englués, le BTP semble repartir sur de bonnes bases et la saison touristique s’annonce bonne.
… A la Méprise,
Cette embellie espérée, annoncée et maintenant perceptible porte cependant en elle les germes d’une grande illusion qui serait dévastatrice pour les générations futures si l’on n’y prend pas garde, si l’on se méprend.
La méprise serait de croire en effet, qu’il existe une loi divine et définitive inscrivant la France, en général, et la Corse, en particulier, dans la croissance du pouvoir d’achat et l’amélioration de la protection sociale garanties pour l’éternité.
Malgré notre génie nous n’avons pas encore inventé le système où il suffit d’exprimer ses besoins pour que les moyens suivent, sans effort et sans sacrifice.
Le principe de base de la dialectique marxiste : « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins », toujours présent dans notre inconscient collectif demeure une chimère.
Car reprise ne signifie pas revenir aux années dites glorieuses car, une fois encore, nous pouvons affirmer que « rien ne sera plus comme avant ».
Du Global Mondial au Régional
En effet, après une crise financière et économique planétaire particulièrement dure dont nous n’avons pas pleinement conscience dans notre île, les grands équilibres géoéconomiques ont été bouleversés et le centre de gravité déplacé vers l’Asie tandis que les avatars de certains pays européens sont à méditer.
Car, notre amortisseur social nous a permis « d’encaisser » la crise en maintenant la consommation donc les importations, donc le déficit du commerce extérieur, donc la dette…
Mais cet amortisseur va maintenant freiner la croissance, donc la diminution du chômage, donc limiter la création de richesse …en révélant les pesanteurs de notre modèle socio-économique et les enjeux auxquels nous devons faire face, entre autres:
· Le poids de la dette publique et en particulier celle des collectivités locales,
· Le vieillissement de la population, le financement des retraites et des systèmes de couverture sociale,
· Le poids de la fonction publique représentant plus du tiers des emplois et celui des prélèvements obligatoires (1.000 milliards par an, soit la moitié du PIB de la France), et qui doivent être financés par la valeur que les entreprises ont à créer.
· La compétitivité et la place de nos entreprises dans le marché mondial.
Certes nous avons des atouts (les Agences de cotation internationales n’y sont pas insensibles) mais il va falloir du courage, de l’inventivité, du travail et de la solidarité face aux tendances naturelles que nous avons à défendre les avantages acquis, les corporatismes, les individualismes…
Et la Corse dans tout ça? C’est la même analyse sauf que le constat pourrait être pire quand on relit la liste des pesanteurs.
Car, pour paraphraser les déclarations d’un chercheur Grec dénoncées dans le Corse- Matin du 29 Avril « il ne faudrait pas que la Corse devienne la Grèce de la France ». A nous de relever le défi.
Jean- Pierre Mufraggi
30 Avril 2010